Autres syndromes

L’instrumentalisation

Définition et étiopathogénie
Selon Gaultier, l’instrumentalisation se définit comme « une désorganisation et une rigidification d’une ou plusieurs séquences comportementales résultant d’un apprentissage de type conditionnement opérant ». Chez le chat, on parle généralement d’instrumentalisation des comportements agressifs. Concrètement, l’agression est dite instrumentalisée quand le chat utilise l’agressivité pour mettre fin à une contrainte, à une situation aversive… Après plusieurs conduites agressives non corrigées dans une situation donnée, le comportement agressif est renforcé et se généralise à des situations voisines car le chat apprend rapidement que la phase opérante de la séquence d’agression est la morsure ou la griffade, puisqu’elle déclenche la fuite de l’ « adversaire ».

La séquence comportementale d’agression tend alors à se simplifier : dans un premier temps, la phase d’apaisement se modifie (diminution de la durée, les morsures sont de moins en moins contrôlées) jusqu’à la suppression complète du signal d’arrêt. Dans un deuxième temps, le chat ne va progressivement plus adopter de position de menace préalable (phase appétitive), mais il mordra d’emblée, avec une intensité croissante (rigidification). En fin d’évolution, l’animal est très dangereux. Les signaux de menace annonciateurs de l’attaque ont disparu, la morsure est systématique et incontrôlée. De plus, un phénomène d’anticipation s’associe souvent à cette instrumentalisation, rendant les agressions de plus en plus fréquentes.

Tous les types d’agression peuvent s’instrumentaliser. Il n’y a pas non plus de prédisposition de race, de sexe et d’âge.

Pronostic et traitement
Cette agressivité est de pronostic très réservé, dès lors que le processus d’instrumentalisation est complet : il n’y a alors plus de retour en arrière possible et la médicalisation est obligatoire pour contrôler les agressions. On utilisera la fluoxétine (1-2mg/kg/jr en une prise) pour diminuer l’impulsivité et pour favoriser l’inhibition. On associera également une thérapie comportementale visant à supprimer tous les renforcements (retrait du maître, obtention de nourriture…) pour obtenir l’extinction du comportement agressif instrumentalisé. On pourra également utiliser la technique de la punition positive (« spray-thérapie » qui consiste à pulvériser de l’eau sur l’animal, taper violement dans ses mains…) pour sanctionner l’agression.


Syndrome d’hyperesthésie féline

Définition et étiopathogénie
C’est un syndrome spécifique du chat, qui se manifeste cliniquement par une alternance de phases productives (hyperactivité, hyperexcitabilité) et de phases de repos comportemental pendant lesquelles le chat est très câlin, ce qui provoque l’incompréhension du propriétaire. Les chats ne présentent pas de signes d’autres maladies. Les premiers symptômes apparaissent généralement chez les jeunes chats adultes (de un à cinq ans en moyenne). Les chats peuvent montrer quelques-uns ou plusieurs symptômes à divers degrés et fréquences. Certains chats ont des symptômes occasionnels alors que d’autres sont constamment en crise. Enfin, certains chats peuvent présenter des symptômes semblables mais dans un contexte non pathologique. Ils doivent être distingués des chats souffrant d’un syndrome d’hyperesthésie féline, qui sont réellement en détresse et qui présentent des crises souvent très impressionnantes.

Les symptômes observés sont les suivants :
- Spasmes sur le dos, ou roulement de la peau du dos (« Rolling Skin Syndrom »), piloérection.
- Léchages frénétiques ou toilettage excessif du dos, de la base de la queue, de la queue, des pattes, des flancs, de la région inguinale. Certains chats s’automutilent, s’arrachent des poils, de la peau ou se grattent comme s’ils avaient des puces (activités de substitution).
- Contractions de la queue : le chat semble gêné ou inconfortable avec sa queue.
- Courses dans tous les sens, donnant l’impression que le chat est poursuivi ou effrayé par quelque chose d’invisible ; hallucinations.
- Agression par irritation (avec signes de menace généralement discrets), agressions redirigées, changements brusques de comportement.
- Mydriase ; miaulements insistants ; grognements.
- Intolérance aux caresses ou touchers sur le dos.
- Mouvements brusques et soudains ; troubles du sommeil.

L’étiologie de ce trouble reste inconnue, mais de nombreuses hypothèses ont été émises et il est vraisemblable que plusieurs causes soient impliquées :
- Causes psychologiques : certains spécialistes comparent l'hyperesthésie à un Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC). Certains chats répondent d'ailleurs positivement aux médicaments anti-obsessifs et aux antidépresseurs. Il semble par ailleurs que les chats atteints soient très sensibles au stress (chats anxieux), qui peut déclencher des épisodes de crises. Certains vétérinaires croient que le stress de la vie en intérieur serait un facteur prédisposant de cette maladie.
- Causes physiques : d’autres vétérinaires pensent que l'hyperesthésie féline résulterait de lésions du cerveau ou dans la colonne vertébrale suite à une maladie chronique d'origine virale ou à un autre type d’affection. D’autres causes physiques (allergies alimentaires, alimentation de mauvaise qualité ou carences alimentaires, exposition à des matières toxiques ou empoisonnement, maladies de peau, problèmes de thyroïde, séquelles de vaccination ou d'anesthésie antérieure) sont parfois mises en cause. Enfin, on compare parfois l'hyperesthésie féline à l'épilepsie du fait que certains chats répondent bien aux anti-convulsivants.
La race siamoise est prédisposée.

Du fait du manque d’information sur son origine, et parce que certains chats peuvent présenter des symptômes similaires en dehors d’un contexte pathologique, le diagnostic du syndrome d’hyperesthésie féline est extrêmement difficile et consistera le plus souvent en un diagnostic d’exclusion des autres maladies possibles (anxiétés, allergies, hyperthyroïdie, parasites, tumeur ou lésions au cerveau, lésions de la colonne vertébrale, etc).

Pronostic et traitement
Le pronostic sera bon si l’on réussit à trouver un traitement approprié et que les relations chat-propriétaire ne sont pas trop détériorées. Le pronostic sera plus réservé si le syndrome évolue vers une instrumentalisation des agressions par irritation.

De manière générale, le traitement visera :
- A améliorer les conditions de vie et l’environnement du chat, afin de limiter les sources de stress : on pourra procéder par exemple à un recadrage éco-éthologique avec enrichissement. On veillera également à la qualité de la nourriture (hyper-digestible, ou hypoallergénique en cas de suspicion de facteurs allergiques).
- A trouver une chimiothérapie adaptée : devant la grande variabilité du tableau clinique et la possibilité de causes multiple de la pathologie, tous les chats ne réagissent de la même manière aux différents traitements et la détermination du traitement approprié peut prendre beaucoup de temps, d’autant que la plupart des traitements doivent être administrés pendant plusieurs semaines avant que l’on puisse voir leur efficacité réelle. Le succès du traitement résidera donc dans la persévérance des propriétaires.

Différentes familles de médicaments sont utilisées, avec plus ou moins de succès selon les individus : Les médicaments anti-douleur (gabapentine, meloxicam) ; les corticostéroïdes (dexaméthasone, prednisolone, prednisone); les antidépresseurs (clomipramine, fluoxetine, amitriptyline, paroxetine, sertraline, fluvoxamine) ; les anti-convulsivants (phenobarbital). Un traitement chirurgical d’ablation de la queue peut être envisagé en dernier recours, sans pour autant garantir la disparition totale de tous les symptômes. Par ailleurs cette technique ne fonctionne pas chez tous les chats.

L’identification des facteurs déclencheurs et le ciblage de la chimiothérapie pourront être facilités en demandant au propriétaire de tenir un calendrier des épisodes d’hyperesthésie sur lequel seront inscrits l’état général du chat, le nombre de crises, l’alimentation, le climat et le moindre événement susceptible d’influer sur la vie du chat.

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