Troubles du comportement alimentaire

Il s’agit de troubles de l’appétit (dysorexie), de comportements alimentaires erratiques (pica) et de troubles du comportement autour de la distribution de nourriture.

Dysorexie

Anorexie
L’anorexie (c’est-à-dire l’absence d’appétit) signe le plus souvent une maladie organique. Mais elle existe aussi lors de dépression réactionnelle et parfois en cas d’anxiété permanente. Chez le chaton, elle est à considérer comme une urgence vitale. En outre, le chat adulte ne supporte pas une privation de nourriture supérieure à 3, voire 5 jours, en raison d’un risque de lipidose hépatique. Le gavage peut toutefois aggraver son stress. Dans ce cas, l’utilisation d’une sonde naso-oesophagienne ou d’un psychotrope qui relance l’appétit (miansérine) est préférable.

Boulimie
La boulimie (c’est-à-dire la recherche et consommation de nourriture dépassant les limites habituelles de la satiété) est d’origine comportementale ou organique.

Elle peut correspondre ainsi à plusieurs troubles :
- A une activité de substitution lors d’anxiété permanente ou de dépression chronique : l’animal est obsédé par la recherche de nourriture.
- A une stéréotypie, avec déficit des autocontrôles et perte du signal d’arrêt, y compris de la prise alimentaire : l’animal mange tant qu’il y a de la nourriture.
- A des maladies organiques (certaines tumeurs cérébrales, une dysendocrinie ou syndrome maldigestion-malabsorption).

Alternance boulimie/anorexie
Elle est surtout observée lors de troubles de l’humeur (dysthymie) ou éventuellement lors de dépression chronique.


Pica (« Wool Sucking Syndrom »)

Le pica est la consommation anormale d’éléments non nutritifs. L’exploration orale conduisant parfois à la consommation d’objets est normale jusqu’à l’âge de 6 semaines chez le chat. De même, la coprophagie (consommation d’excréments) est normale jusqu’à 3-4 mois. Chez le chat adulte, le pica est plus rare que chez le chien (sauf chez le siamois qui semble prédisposé). Ce comportement peut impliquer une variété de substrats inhabituels, dont les câbles électriques, mais il implique surtout la succion et l’ingestion de textiles. Ce comportement devra faire suspecter un syndrome de détachement précoce, notamment chez les siamois. Sa persistance peut orienter vers tout type d’hyperattachement, une dépression chronique ou une dépression d’involution.

Il peut également être observé lors de carence en fibres dans l’alimentation ou lors d’absence d’opportunités de comportements de chasse. Ce problème devra être pris au sérieux car il peut mener à des obstructions et occlusions gastro-intestinales et également générer de grands dégâts chez le propriétaire par généralisation du comportement à toutes sortes de textiles. Le traitement du pica consistera, d’une part, à traiter l’origine du comportement et, d’autre part, à augmenter la proportion de fibres dans la ration alimentaire et à limiter l’accès aux tissus.


Troubles autour de la distribution de nourriture

D’une façon générale, de nombreux propriétaires de chats sont perturbés par le comportement alimentaire de leur animal qui consiste à manger peu et souvent. Ils l’interprètent comme un manque d’attrait pour tel aliment, ce qui les conduit à proposer régulièrement de nouveaux produits. Ceux-ci sont rapidement ingérés les premiers jours, puis le chat se régule, donnant l’impression qu’il n’en veut plus. C’est un cercle vicieux qui mène à une surconsommation. De même, de nombreux propriétaires interprètent le comportement d’allomarquage, réalisé par le chat qui se frotte contre leurs jambes, comme une demande de nourriture et remplissent la gamelle. Le sentiment du maître est renforcé par le fait que le chat, consommateur par à-coups, ira effectivement manger quelques croquettes. Cela peut aboutir à la mise en place de rituels autour de la nourriture et entraîner une obésité. Ces spécificités félines doivent donc être expliquées aux propriétaires.

Un trouble du comportement associé à un mode inadapté de distribution de l’aliment a été décrit et nommé « syndrome du tigre » (ou agression des mollets). La distribution de nourriture incorrecte (un à deux repas par jour correspond à un rythme anxiogène pour le chat) entraîne des conduites agressives du chat sur l’homme, notamment au moment de la préparation et de la distribution des repas : le chat griffe et mord par irritation (frustration par faim), émet parfois des vocalises (grognements, feulements) et présente également régulièrement un comportement de prédation sur les zones du corps en mouvement (pieds et mains) des propriétaires.

Le traitement met d’abord en jeu une thérapie comportementale centrée sur l’instauration d’une alimentation libre-service éventuellement répartie en plusieurs points plus ou moins accessibles de l’environnement, de jeux pour permettre la réorientation de la prédation (balles, mobiles divers), et des punitions systématiques, immédiates et aversives (« spray-thérapie »). Si les conduites agressives s’avèrent trop fréquentes et trop dangereuses, on mettra en place une chimiothérapie à base de clomipramine (0,5 mg/kg/jr en deux prises). Celle-ci agit sur la maîtrise de l’impulsivité impliquée dans les phénomènes d’agression prédatrice et de boulimie. Elle permet en outre la mise en place d’un phénomène de satiété recherché pour la modulation de la boulimie.


Pronostic et traitement des troubles alimentaires

Le pronostic de ces troubles est généralement bon à réservé selon qu’on le décèle tôt au tard. Ils doivent dans tous les cas être considérés comme une priorité dans le choix du traitement car ils présentent à plus ou moins long terme un risque vital, ou tout au moins des conséquences physiologiques lourdes.

La prise alimentaire peut être régulée par les psychotropes. Les propriétés orexigènes (qui stimulent l’appétit) des benzodiazépines sont bien connues, mais des effets secondaires contre-indiquent leur utilisation : état dépressif iatrogène, effet rebond (réapparition de l’anorexie pendant ou à l’arrêt du traitement), pouvoir désinhibiteur (contre-indiqué si risque de conduite agressive) majeur et risque, chez le chat, d’une hépatotoxicité fulgurante. La miansérine (2-5mg/kg/jr) a un effet orexigène rapide et intéressant lors d’anorexie persistante, mais est associée à des propriétés désinhibitrices. A l’inverse, la fluoxétine (1-4mg/kg/j) sera utilisée lors de boulimie ou d’absence de satiété de l’animal. Son action est multiple : propriétés anorexigènes par augmentation de la satiété, augmentation des autocontrôles lors des séquences comportementales et diminution de l’impulsivité.

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