Etats limites

Introduction

Avant l’utilisation de ce concept, on a compté plus de quarante termes utilisés pour désigner des états pathologiques mal répertoriés.
Exemples :
- Personnalité psychopathique, personnalités « as if » ou « perverses » qui insistent sur la notion de personnalité pour la différencier de la notion de structure.
- Les termes désignant une position « à côté » de la schizophrénie : schizomanie, schizoïdie, schizose, schizophrénie pseudo névrotique, etc...
- Des syndromes atypiques qui se situent avant l’éclosion psychotique (on a parlé de prépsychose). Le terme apporte des confusions car il peut s’agir de structures psychotiques non-décompensées ou d’autres organisations (non-psychotiques) pouvant évoluer vers une vraie psychose.

Sur le plan psychanalytique, les auteurs évoquent une structuration en marge de la névrose et la psychose.
• Selon Freud, il existe un type « narcissique » dans lequel le Surmoi n’est pas totalement constitué. Il décrit en 1924 une déformation du Moi, intermédiaire entre le conflit névrotique et l’éclatement psychotique.
M. Bouvet parle d’une relation d’objet prégénitale (différent de la relation d’objet psychotique et névrotique)
R. Spitz : travaux sur la dépression anaclitique.


La notion d’état limite selon Jean Bergeret

Bergeret décrit l’évolution génétique :
1/ Le Moi de l’enfant, après s’être distingué du non-moi, demeure encore indifférencié, sans structure stable
2/ Les états du Moi commencent à s’orienter vers la constitution d’une structure authentique. Les grandes lignes seront déterminées par les conflits, les frustrations, les mécanismes de défense, etc…
3/ Apparaît une véritable structure, stable, fixe qui ne variera plus par la suite.

Donc Bergeret affirme qu’il n’y a pas de communication possible entre la lignée psychotique et la lignée névrotique. Les états limites se situent donc entre ces deux liguées et du point de vue génétique au niveau de 1/ et 2/ avant la constitution d’une structure authentique et stable.

- La lignée psychotique
Au cours du stade oral (ou au tout début du stade oral), le Moi subit de sérieuses fixations et se réorganise de façon psychotique.
Ceci peut être remis en question à l’adolescence. Le Moi peut alors quitter la lignée psychotique et progresser vers une structure névrotique. Mais ceci est très rare. Le plus souvent, le Moi va s’organiser sous forme de structure psychotique.
- La lignée névrotique
Ici, c’est le stade oedipien qui est en cause d’où la pré-organisation névrotique.
À l’adolescence, le plus souvent la structure névrotique s’organise véritablement. Plus rarement, le Moi peut se détériorer davantage et repasser dans la liguée psychotique.
- Aménagement limite
Ici le Moi n’a pas connu de fixations prépsychotiques sérieuses. Mais lors du stade œdipien est apparu un traumatisme psychique important. Par exemple, une tentative de séduction de la part d’un adulte (c’est le cas de « l’homme aux loups »). Il s’agit d’un émoi génital précoce, alors que le Moi est encore trop immature.
Ce traumatisme représente une menace pour son intégrité narcissique. Le sujet ne dispose pas alors de défenses de type névrotique (exemple : refoulement) et aura recours à des mécanismes archaïques de type psychotique (déni, identification projective, etc...)

Ce traumatisme va figer l’évolution libidinale dans une « pseudo -latence » qui peut durer toute la vie (ce qui donne « ces sortes d’immaturités affectives charmantes et un peu inquiétantes » à l’âge adulte).
On parlera donc ici d’aménagement et non de structure. En fait dans l’état limite, le Moi a dépassé la structure psychotique, mais n’a pas atteint la structure névrotique.
D’un point de vue économique, l’état limite est à considérer comme une maladie du narcissisme. Le Moi n’a pas eu accès au conflit ça/Surmoi. La relation d’objet est construite sur une dépendance anaclitique à l’autre. Donc le danger essentiel contre lequel lutte la personne est la dépression.

 
Symptômes
Angoisse
Relation d’objet
Défenses
Psychose Dépersonnalisation, 
délire
Morcellement Fusionnelle
Déni, dédoublement du Moi
État limite Dépression
De perte d’objet
Anaclitique
Dédoublement
des images, forclusion
Névrose Symptômes :
obsession, hystérie
De castration Génitale Refoulement


- Relation d’objet
Elle est différente de celle du psychotique. Elle est aussi une relation à deux. Il s’agit ici d’être aimé de l’autre, le fort, en étant à la fois séparé de lui (en objet distinct) et en « s’appuyant contre lui ». Cette relation peut être la même à la mère et/ou au père. On parle de « triade narcissique » qui n’a rien à voir avec la triangulation œdipienne.

Dédoublement des imagos : le Moi se défend de l’éclatement en se déformant (sans se morceler). Il fonctionne avec le monde extérieur en le dédoublant : dans une partie, il adapte à la réalité ; dans l’autre, il fonctionne sur un mode anaclitique.
La régression dans l’état limite est différente de celle de la névrose. Ici, la pulsion est partiellement dégradée (alors que dans la névrose obsessionnelle, il s’agit de représentation pulsionnelle).
Selon Bergeret, les cas de l’homme aux loups et du petit Hans participent de ce type de régression et sont donc des états limites et non des névroses phobiques.
Névrose : lignée génitale (Œdipe, pénis, Surmoi, angoisse de castration)
État limite : lignée narcissique (narcissisme, phallus, idéal du Moi, blessure narcissique, angoisse de perte d’objet, dépression…)

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