Les cinq phases du mourir

C’est Elisabeth Kübler-Ross (psychiatre, écrivain Accueillir la mort Ed. Du Rocher 1998) qui la première a vraiment mis en exergue et déterminé les étapes importantes du processus de deuil ; ce sont des états émotionnels, des mécanismes de défense contre une situation insupportable. Ce ne sont pas des phases successives comme on a pu le croire ou voulu le faire croire. Elles vont et viennent suivant l’état psychologique de la personne, de l’évolution de la maladie. Mais on peut les rencontrer dans toutes les situations de grand stress à un moment ou un autre de notre vie et en particulier dans le deuil.

Le déni 

« Ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai…il y a une erreur… »
Le malade nie son état, continue à travailler, refuse parfois les soins et les traitements surtout au début quand les symptômes sont minimes. Certains arrivent à consulter plusieurs professionnels de la santé étant persuadé que le premier s’est trompé. D’autres cachent à leur entourage le pronostic, mais en sens inverse, la famille peut aussi refuser le diagnostic et se taire face à la gravité de la maladie pour protéger selon eux la personne malade « qui ne supportera pas ». Ils ne leurrent qu’eux-mêmes et sont confrontés à leurs propres mécanismes de défense.


La colère ou la révolte 

« Pourquoi moi ?… »
Souvent, la personne en veut au monde entier ; elle peut être assez violente dans ses propos. Avoir eu une vie auparavant, bien établie, bien rangée, des projets, tous ressentent des moments de grande frustration ce qui est bien naturel. Les projets vont être contrecarrés par la maladie, rien ne sera plus comme avant.
Il arrive parfois que le malade s’en prenne verbalement à l’entourage avec beaucoup de violence ; cela peut persister et créer des situations pénibles. Cette projection inconsciente ou non de la colère sur l’autre veut souvent dire : « Toi, tu es en bonne santé ». Ce n’est pas une insulte personnelle, cela ne leur ait pas personnellement adressé. L’autre représente tout ce qu’il ne peut plus être et ne sera peut-être plus jamais. Il ne comprend pas pourquoi cela lui arrive à lui.


Le marchandage ou la négociation 

La personne prend conscience qu’elle va peut-être mourir mais qu’elle a encore un peu de temps devant elle.
« Si je fais ceci ou cela, peut-être que… ? Je vivrai jusqu’à… ! »
Le malade veut « acheter du temps », il négocie avec le médecin, avec l’entourage, il est prêt à tout pour pouvoir encore faire telle ou telle chose. Il n’est pas rare de voir une personne survivre encore malgré la déchéance provoquée par l’évolution de la maladie pour assister au Mariage d’un enfant, à la naissance d’un premier petit enfant comme mon amie Simone qui se mourait d’un cancer mais voulait absolument voir son premier petit-fils, fils de son enfant unique. Elle a lutté jusqu’à la naissance, a eu le bonheur et la joie de le voir, de le prendre dans ses bras, de l’embrasser. Elle est morte une semaine plus tard, en paix.

Cet autre exemple, cité par le Docteur Anne-Marie Mouren-Mathieu, (Soins palliatifs Ed. Lamarre Les presses de l’Uni de Montréal) d’un homme H.S., 44 ans, marié et père de trois garçons de 16, 18, 20 ans. Il avait une tumeur cancéreuse abdominale :
« Cachectique, il avait des douleurs abdominales qui nécessitaient la prise de 30 mg de morphine orale toutes les 4 heures et vomissait deux à trois fois par jour malgré les antiémétiques. Il passait son temps au lit et refusait de parler de son cancer, jusqu’au jour où on lui demanda s’il n’aimerait pas réaliser un rêve. Quelques jours après, il nous informait qu’il voulait faire un voyage avec son dernier fils (il en avait fait avec chacun des deux autres). Il voulait partir en avion pour deux jours en Floride, voir la mer et le soleil. (On était à Montréal au mois de novembre.) Il fallut bien des démarches pour prévoir toutes les complications et rendre ce voyage possible. Il fit son voyage, revint épuisé mais prêt à recommencer. Il n’avait vomi qu’une seule fois et avait sauté plusieurs doses de morphine. Il mourait quatre jours après son retour de voyage. »

Est-il besoin de dire que dans ces cas-là, le malade mobilise des énergies insoupçonnées ?


La dépression et l’isolement

La dépression est une phase de tristesse intense.
Souvent, nous entendons : «  Ce n’est pas la peine de …, à quoi bon !…etc. »
Le malade n’a plus envie de lutter. Il a tendance à s’isoler, à ne plus vouloir voir personne, à refuser plus ou moins même de parler. Ses préoccupations sont plus intériorisées et existentielles. Il se détache de son environnement et se désintéresse du monde extérieur. Il est seul, face à sa souffrance. Il a conscience que mourir n’est pas facile. Les pertes, les chagrins du passé refont surface. Les pleurs sont à la mesure de l’attachement. Il ne s’agit pas d’une dépression pathologique, mais d’une tristesse légitime et les antidépresseurs sont de peu d’utilité.
Si l’entourage, la famille, les amis laissent le chagrin s’exprimer, s’ils lâchent prise, s’ils reconnaissent l’état affectif du malade s’exprimer, cette période peut être très riche en partage, en échange.
C’est la période aussi où le malade met ses papiers en ordre, règle ce qu’il y a à régler, à dire. Il arrive au pardon et à la cinquième étape qui est l’acceptation.


L’acceptation 

Cette cinquième étape se distingue de la résignation car elle a un aspect plus positif.
La résignation étant l’aspect d’une soumission passive à l’inévitable, l’acceptation implique une participation active.
Les personnes qui ont le sentiment que leur vie a été bien remplie, qui laissent tout en ordre avant de partir, qui trouve le sens de la finitude de la vie, souvent aidé par une foi solide peuvent atteindre cette phase ultime et mourir dans la sérénité.
Parfois, la phase d’acceptation n’arrive qu’au moment ultime du départ final.

Le déni et la révolte sont des réactions négatives dont on doit permettre l’expression mais qui si elles persistent n’aident pas le malade à s’adapter à sa maladie.

La dépression et l’acceptation sont plus positives dans le sens où elles témoignent de la prise de conscience certaine de la réalité.

Au cours de l’évolution de la maladie avec ses rémissions, ses récidives, les phases vont s’intercaler ; le patient va passer de l’optimisme au désespoir et vis versa. C’est à la famille, à l’équipe soignante de faire en sorte que le malade vive ses phases dans les conditions les plus adéquates, vu la situation.

Mourir, c’est lâcher prise, s’abandonner, tout laisser. C’est le détachement ultime.
Freud disait que l’on avait une part de responsabilité dans tout ce qui nous arrive ; on ne peut voler la mort du mourant, c’est lui qui décide.

Il y a bien sûr une sixième étape : la décathexie, c’est-à-dire le passage, la mort proprement dite.

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